lundi 11 août 2008

Ce que fait un angliciste

L'année 2007-2008 du journal arrive à sa fin. La suite du travail à la nouvelle adresse : http://journaldetravail2008.blogspot.com/


Table d'ensemble :

vol. 1 : Letter from America (2006-2007)
vol. 2 : Notes de l'étranger (2007-2008)
vol. 3 : Ce que fait un angliciste (2008-2009)

dimanche 3 août 2008

Eurozine - problèmes de "translation of cultures"

Je découvre : le réseau Eurozine. Base institutionnelle à Vienne - et produit d'une Europe du XXIème qui sent encore ses racines dans la Mitteleuropa? Présentation tirée du site :

The philosophy: translation of cultures

Whenever European culture is discussed today, its diversity is evoked with near euphoria. The true challenge is to take diversity seriously and make room for new perspectives -- whether in word or thought. Only a rich and freewheeling dialogue has the potential to forge a common identity and put it to the proof.
Cultural journals are the sector of the media that most closely approximates a definition of the European public space. These journals are part of a genuinely international debate, spreading political, philosophical, aesthetic, and cultural thought between languages. In bringing the panorama of European cultural journals to an international public, Eurozine stimulates a common cultural discourse among an international readership.
Translation is the key to creating a European public space that respects diversity. By translating texts into one of the widely-spoken European languages, Eurozine creates the possibility for texts to be understood and valued outside of their original context.


La liste des liens est riche de frayages européens. A entrer.
Parmi les revues partenaires, Esprit et Multitudes en France (Pascale Casanova dans l'Advisory Board), Edinburgh Review, Index on Censorship et New Humanist au UK.

samedi 2 août 2008

Réseau européen d'analyse des sociétés politiques

Réseau de sociologie politique comparée - anthropologie, économie politique, histoire, sciences politiques, sociologie.
Jean-François Bayart (CNRS) apparemment l'une des figures actives, président du Fonds d'analyse des socIÉTÉs politiques (Fasopo) - je cite la présentation :

Le Fonds d’analyse des sociétés politiques est une association à but non lucratif (Loi de 1901). Elle a été créée en 2003 (J. O. du 16 août 2003) à l’initiative de neuf chercheurs du CNRS, de la Fondation nationale des sciences politiques et de l’Université Paris-I. Elle constitue ce que l’on appelait jadis une « société savante ». Son principal objectif est de contribuer à une meilleure connaissance des sociétés politiques, à un moment où la contractualisation croissante de la recherche tend à négliger l’analyse de ces dernières pour favoriser l’étude des relations internationales et de la « gouvernance globale ». Sa méthodologie est celle de la sociologie historique du politique et de l'économique, sans exclusive théorique ni idéologique : elle s’appuie aussi bien sur la tradition wébérienne de celle-ci que sur son inspiration marxienne ou tocquevillienne.

Le FASOPO est un réseau transinstitutionnel et pluridisciplinaire.
Il est actuellement dirigé par un bureau composé de : Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS (président) ; Françoise Mengin, directrice de recherche à la FNSP (trésorière) ; Béatrice Hibou, chargée de recherche au CNRS (vice-présidente) ; Linda Amrani, chargée de mission auprès de la chaire Finances internationales de Sciences Po (secrétaire générale) ; Romain Bertrand, directeur de recherche à la FNSP (membre) ; Thornike Gordadze, maître de conférence à l’Institut d’études politiques de Paris et responsable de l’antenne de l’Institut français d’études anatoliennes à Bakou (membre)... [suite sur le site]


La revue Sociétés politiques comparées en est à sa 6ème livraison en juin 2008 : " Une revue mensuelle qui pré-publie des articles théoriques, des études empiriques, des comptes rendus d’ouvrages et de films, des documents, et les livre au débat scientifique - en quelque sorte un working-journal.
Elle couvre l’ensemble des disciplines des Sciences de l’Homme et de la Société.
Elle publie dans les principales langues européennes.
Elle soumet ses articles à l’évaluation préalable de son Comité de lecture et de referees. Elle s’appuie sur le Conseil scientifique du Réseau européen d’analyse des sociétés politiques.
"

Public

Oui (je lis un papier dans le Diplo sur "les jeunes de Bruxelles enfermés dans leurs quartiers", et une sociologie et pratique sociologique intéressée par une révision des tropes de l'urbanisme ; sociologie des espaces, comme surface d'inscription des "distances sociales" [Bourdieu], etc. Diplo août 2008, 4), le public, l'espace politique du public - la république?, ici les implications sont d'un coup plus nombreuses et mêlées, et c'est précisément pourquoi c'est là qu'il faut regarder, avec des moyens d'attention informés, d'une histoire en particulier - comme lieu de négociation collective, nationale, des problèmes tensions et conflits. "Dans une société où la sécurité est la principale finalité, les tensions sociales sont refoulées et profitent de la rumeur pour s'extérioriser brutalement. Pour que ces tensions s'expriment et se résolvent autrement que par la violence, il faut sans doute accepter que le conflit des idées et des intérêts puisse trouver sa place dans un espace démocratique. Et c'est la tâche de l'Etat de permettre aux conflits sociaux de prendre des formes institutionnelles démocratiques" (Luc Van Campehoudt, dir. de La Revue nouvelle).
Vieux récit politologique de la violence et de l'Etat. Mais il faut aussi penser la violence comme zone dans le spectre continu des modes du rapport, socialité ; le public en ouvre forcibly la qualité de médiation ; le public comme dynamique du tiers. ?
Dans des espaces urbains cloisonnés par les hiérarchies sociales, une socialité fragmentaire se vit par la famille, le voisinage, et tous types de parochial : les quartiers, tiens - "Ce qui caractérise ces milieux sociaux moins favorisés? Saïd, 17 ans, revendique le côté 'très familial' de son quartier : "Tout le monde se connaît." De fait, dans ces espaces urbains délaissés, le réseau social contrôle la sphère publique."

Aussi : la rumeur (point d'intérêt pour la sociologie ethnologique récente, en face des grands récits, discours héroïques, de l'histoire ou des institutions - discours officiels), et le mépris - "sentiment sociologique", ou peut-être "politologique", au sens du sentiment linguistique de Saussure. Ces infrapolitiques qui sont la matière quotidienne, moléculaire, du politique. Il faut une ethnologie pour leur étude, plutôt qu'une sociologie, qu'une histoire - qu'une philosophie politique en tout cas.

Inquiétudes des savants - universities & business

Je reçois, transitant par le Humanist Discussion Group, Vol. 22, No. 149, Centre for Computing in the Humanities, King's College London, www.princeton.edu/humanist/, ... ces notes sur "remaking universities in the image of business

> Date: Tue, 29 Jul 2008 06:34:07 +0100
> From: Willard McCarty
> Subject: remaking universities in the image of business
>
> Those here concerned with the future of our universities might wish to read and to circulate a paper by Robert Laughlin, Professor of Physics at Stanford and Nobel Laureate (1998), "Truth, Ownership, and Scientific Tradition", Physics Today 55.12 (December 2002), available at ftp://large.stanford.edu/publications/2002/p01jul02/p01jul02.pdf. Following is a brief extract. (See http://large.stanford.edu/ for more on Laughlin; note in particular his book, A Different Universe.).
>
>> Although outright fabrication of data by scientists is rare, scientific deception is commonplace. The academic who refuses to exaggerate in proposals, for example, will not get grants. The industrial worker who explains the core of his technical niche to someone else will jeopardize his job. Even at Bell Labs in its heyday it was common for the scientists working in the public domain to be ignorant of matters deeply important to the company even while being exhorted to be "relevant" because the knowledgeable technical people would not reveal the problems to them. The mandate to generate peoperty forces us to deceive. Members of Congress and managers in the NSF and other federal agencies would do well to reflect on this effect and understand that some fraction of the industrial-style research portfolo of which they are so proud is simply lies.... In this sense ownership, more accurately the secrecy it necessitates, is not the engine of progress but its enemy. One cannot both expose knowledge to scrutiny and keep it for one's self to sell. It has to be be one or the other. This process is why making over universities in the image of business is such a terrible idea. The great power of university research is its openness and the inherent truthfulness -- stemming from this openness -- of the knowledge it generates.
>
> One could collect many similar statements from those who in the estimation of society at large exemplify what universities are supposed to be for, who advise in the strongest possible terms
> against the path down which we appear to be going. I think also of John Polanyi (Nobel Prize in chemistry, 1986), "In Search of the Passionate Idea", http://www.utoronto.ca/jpolanyi/public_affairs/.
>
> Comments?
>
> Yours,
> WM

Quantités internationales de la recherche

This article was first published on guardian.co.uk on Thursday July 31 2008. It was last updated at 10:46 on July 31 2008:

Research : UK is second in the world at research
Thursday July 31 2008
UK scientists publish more research than any other country in the world except the United States, the science minister will say today.

However, China now publishes almost the same number of studies as the UK – four times as many as it did 10 years ago.

One in eight scientific studies that international researchers cite is the work of a UK academic, as are 9% of the 17m papers published in science journals each year, a government report has found.

The science minister, Ian Pearson, said: "The competitive salaries and state of the art research environments offered by China will undoubtedly attract international researchers to its shores. And this in turn will increase China's output and research impact further.

"However, the UK will not be left behind. I am confident the UK will continue to punch above its weight, retain its excellent research base and continue to be the destination of choice for leading international researchers. "

The department for innovation, universities and skills analysed 17m papers in 8,000 international scientific journals over the last year.

US scientists published 32% of the studies. Nearly one in two cited by international researchers were from the United States.

The top five countries in terms of the number of papers published are: the United States, UK, China, Germany and Japan. Most likely to be cited are: the United States, UK, Germany, Japan and France.

Last year, the UK's science budget was £3.4bn.

Mots d'époque - buzz #1

La lettre de l'AMUE (Agence de Mutualisation des Universités et des Etablissements) annonce un congrès du réseau des IAE :
Les trente Instituts d'administration des entreprises universitaires se retrouveront lors d'un congrès du 10 au 12 septembre 2008 à Lille, afin de travailler sur les moyens d'aboutir à une « fertilisation croisée des modèles théoriques et des pratiques managériales ». Le débat portera également sur la place des grandes écoles universitaires de management dans la nouvelle université.

La formule est claire.

vendredi 1 août 2008

Disciplinarité : travaux américains

Je découvre : Disciplinarity at the Fin de Siecle, by Amanda Anderson (Editor), Joseph Valente (Editor)

Publisher: Princeton University Press
Pub. Date: December 2001
ISBN-13: 9780691089621
352pp

Editor's synopsis :

Contemporary celebrations of interdisciplinary scholarship in the humanities and social sciences often harbor a distrust of traditional disciplines, which are seen as at best narrow and unimaginative, and at worst complicit in larger forms of power and policing. Disciplinarity at the Fin de Siècle questions these assumptions by examining, for the first time, in so sustained a manner, the rise of a select number of academic disciplines in a historical perspective.

This collection of twelve essays focuses on the late Victorian era in Great Britain but also on Germany, France, and America in the same formative period. The contributors--James Buzard, Lauren M. E. Goodlad, Liah Greenfeld, John Guillory, Simon Joyce, Henrika Kuklick, Christopher Lane, Jeff Nunokawa, Arkady Plotnitsky, Ivan Strenski, Athena Vrettos, and Gauri Viswanathan--examine the genealogy of various fields including English, sociology, economics, psychology, and quantum physics. Together with the editors' cogent introduction, they challenge the story of disciplinary formation as solely one of consolidation, constraint, and ideological justification.

Addressing a broad range of issues--disciplinary formations, disciplinarity and professionalism, disciplines of the self, discipline and the state, and current disciplinary debates--the book aims to dislodge what the editors call the "comfortable pessimism" that too readily assimilates disciplines to techniques of management or control. It advances considerably the effort to more fully comprehend the complex legacy of the human sciences.

mercredi 30 juillet 2008

Petite physique de l'altérité : le différentiel

I know but. Cogitant cette question du différentiel, comme façon de considérer l'étranger, et cogitant l'interruption (P. Legrand), l'interrupteur-multiplicateur et le shifter, je tombe sur cette petite mécanique de la différence : "Différentiel : 1. Engrenage différentiel réunissant les deux moitiés d'essieu d'un véhicule automobile. Le différentiel transmet la rotation de l'arbre moteur aux deux roues motrices dont les vitesses peuvent être différentes par suite de la différence de chemin parcouru. 2. Pourcentage exprimant l'écart entre deux grandeurs. Différentiel d'inflation, de croissance." (Petit Robert).

P. Legrand évoque aussi Artaud, qui en sait sur une certaine expérience de l'étranger (glossolalique, et mexicaine, pour commencer) : le "carrefour des séparations" ("Fragments d'un journal d'enfer", 1926, Oeuvres I, Gallimard, 115), comme modèle de la situation du comparatiste (Le Droit comparé, 122).
Question d'individuation - P. Michon avait parcouru ce trajet, de la subjectivité à l'individuation.

Oh and this beauty, 122 : Mallarmé : "Toute comparaison est, préalablement, défectueuse" ("Quelques médaillons et portraits en pied", Oeuvres 528). "Faire manquer", donc. Unworten, à la Beckett, donc. Puisque, p. 123 : "fail better". Et, pour titre de l'introduction au forthcoming volume, le Cap au pire, enmeshed avec L'Autre cap de Derrida.

L'étranger et la modernité

Toujours ces forces jumelles diversité et historicité - "puisqu[e, de différence entre plan du géographique et plan de l'historique, voir simplement le CLG] il n'y en a pas" : relu dans Le Droit comparé (P. Legrand), qui cherche abondamment dans les oeuvres littéraires, ces segments langagiers "-as-culture" analogiquement avec son postulat de law-as-culture, des analogiques d'une épistémologie du comparer : Apollinaire, dans "L'Esprit nouveau et les poètes" (Oeuvres en prose complète, II, Gallimard 1991 - conférence post-campagne, 1917).
"Appliquons au droit ce mot d'Apollinaire pour dire encore l'insurmontabilité des intermittences de sens et l'inatteignabilité d'un partage du sens : 'L'art ne cessera d'être national que le jour où l'univers entier vivant sous un même climat, dans des demeures bâties sur le même modèle, parlera la même langue [c'est "la suprême" de Mallarmé] avec le même accent, c'est-à-dire jamais'. "
Je lis :
. Apollinaire, italien-polonais, voyageur en Wallonie et Rhénanie et Allemagne-Autriche-Hongrie, et poète français.
. dans le temps successeur à, ou encore dans, la génération des "métèques" symbolistes dans la bataille du vers libre - cf GD.
. principalement : que le rapport l'étranger est indissociable de la question de la Modernité. Paris capitale cosmopolite de la réinvention de l'art au tournant du siècle. C'est aussi la modernité de Rimbaud, en 1871, comme "multiplicateur de progrès ! ".
. le "paradigme" du national, pour prendre la question de la diversité culturelle ici. Mode du XIXème. Le rapport pensé comme séparation des identités - et rivalités coloniales, puique loin d'empêcher, ça poursuit une logique, nationale mais through and through de politique nationale extérieure. Rivalité ; différentiel.
. le différentiel national pensé par l'accent : cf GD : c'est l'autre qui a mon accent. Et la marque dans l'énonciation. Le langage, creuset de la subjectivation-individuation-socialisation.

Un germaniste, contd.

Question : pour l'instant, je ne sens pas le travail de germanistique qui se fait dans Le Paradigme de l'étranger, de M. Espagne. Question de disciplinarité. J'y retrouve des faits mis en sens, communs avec le travail historien de C. Charle, et certaines méthodes : l'archive, solidement, et la prosopographie (les chaires). Satisfaction sans problème, et évidemment suggestive, fructeuse. Mais comment le point de vue d'une discipline de l'étranger peut-il intervenir? Le peut-il? (D'ailleurs il n'y a pas de prétention particulière à ça ; il n'y a pas particulièrement à l'attendre). Humm.
Histoire institutionnelle.

Littérature étrangère - territorialisations

Much much food for thought from Le Paradigme de l'étranger (M. Espagne, 1993). Sur : la question du savoir-pouvoir, et de la criticité propre de l'étranger, disons ici, comme "paradigme" donc.
En particulier :

. la perspective du "choix disciplinaire" (vers p. 68) (par exemple dans les trajectoires de carrière des individus - cf la méthode prosopographique de C. Charle). Il s'agit bien, dans la discipline comme institution, d'un positionnement, scientifique et social. Identité et statut et fonction, ou "engagement". Avec les "littératures étrangères" - en cours de formation, et tiraillées, tâtonnantes, en fondation au cours mêmes des tâtonnements institutionnels des facultés de Lettres dans le cours long du XIXème - on touche les bords sensibles des questions de disciplinarité : les zones du "subalterne", les discipines "moins considérées" 59, car "encore mal définies" 60. Plateformes utiles pour transitions de carrières etc. (voir les itinéraires des normaliens, non spécialistes).
En quoi subalternes? La présentation jusqu'ici, l'intérêt de M. Espagne, touche peu au point de vue des rapports de pouvoir avec les disciplines à forte légitimité sociale / fort prestige scientifique : comment se placent-elles, institutionnellement, par rapport à la vieille Rhétorique, et aux Littératures anciennes? [Au tout début du processus de création des chaires de Littérature étrangère, la configuration des Lettres est, ou l'une de celles possibles dans le champ : Philosophie, Histoire, Litt ancienne, Litt française, Litt étrangère - 42.]

. mais aussi la modernité (et en ça la nomenclature anglaise fait apparaître, dans son histoire propre que je ne connais pas encore assez, quelque chose qui se marque mieux qu'en France : "Modern Languages") : "Mieux informés du contexte international et notamment de la situation allemande, les professeurs de littérature étrangère font partie des artisans des plus engagés d'une rénovation de l'Université républicaine" 69. Et des réformistes de l'Université après la défaite de Sedan : il s'agit de l'université comme fondatrice de la Nation. L'international, et auxiliairement la littérature étrangère, comme outils de nationalisme. Relation de savoir-pouvoir propre au XIXème.

. mais aussi l'Europe. 39 : comme motivation scientifique interne, et on est ici au temps fondateur de Fauriel et Ampère, avec les horizons philologiques, en tant qu'ils sont aussi une théorie de la culture comme histoire, et de l'épistémologie des langues-cultures comme élément d'une philosophie de l'histoire. On est, certainement, avant de tourner le dos à l'Allemagne et ses inventions des sciences humaines.
Ici c'est la question de l'évolution du "paradigme" de l'étranger vers celui du comparer qui est concerné, qui est aussi celui de l'évolution, bifurcation, de la philologie moderne, une sorte de "Langues modernes", vers les littératures spécialisées, soit la montée de la notion, structurante, d'aire culturelle. Ce processus de dissémi-Nation (Bhabha? faut voir) : de la philologie, globalisante et européenne (mais avec déjà les lignes de tension dessinées par Fauriel cherchant à déplacer le centre de gravité de l'héritage commun de l'indo-germanique à l'indo-européen ; et contrer le modèle de l'antécédente germanique par celui de la littérature provençale, et de la Romania, ombilic des Etudes romanes), vers les spécialisations en nations. Où la rivalité franco-allemande est en jeu actif - créatif, destructeur.
Le processus de spécialisation, qui correspond aussi au développement d'une épaisseur scientifique de la discipline (simplement la production des volumes d'études, chaque fois une orientation, et un terrain), se fait aussi d'une vue génétique générale de l'histoire des littératures, philologique, aux études singulières sur un auteur. Les nouvelles chaires, sous la IIIème République, revenant maintenant à des candidats munis des titres universitaires adéquats (et seulement maintenant disponibles, bien entendu). L'apparition des Langues-et-littératures singulières - anglaise allemande italienne espagnole russe - allant avec ce nouveau mode scientifique : la nation (plus que la culture et ses grands types anthropologiques, peut-être? Par exemple, pour Fauriel après Mme de Staël, le Nord et le Midi), et l'auteur (moins les grandes genèses, plus d'étude textuelle alors? à voir).

. on parle déjà d' "études littéraires" (1896), et la Littérature comparée se différencie aussi, dans une autre bifurcation concurrente avec la gamme des aires culturelles.

mardi 29 juillet 2008

Discours sur la diversité des cultures

Repères biblio que je veux garder des nouveaux champs que m'indique la lecture de P. Legrand, études juridiques comparées et ses propres parcours :

. ses bases dans Schleiermacher ("each language" "a whole", et l'hospitalité) ; Benjamin ; Steiner ;
. traduction : A.L. Becker, Beyond Translation (U Michigan P, 1995) ; Anthony Pym, Pour une éthique du traducteur, Artois PU, 1997). Chateaubriand "Remarques à propos de la traduction de Milton" (Po&sie 23).
. éthique avec Charles Taylor (Sources of the Self, 1989 : "one cannot be a self on one's own") ; MacIntyre (After Virtue, 1989).
. herméneutique avec Gadamer, Ricoeur (De l'interprétation, 65 et Le Conflit, 69),
. dans Derrida : Positions 72 (sur la traduction-transformation) Marges 72, L'autre cap 91, Force de loi 94, Psyché 98,
. ethnologie, études culturelles, cultural translation etc. : Laplantine et Nous (dir. Métissages, 2001) et Serge Gruzinski (La Pensée métisse, 1999), John Comaroff & Jean Comaroff Ethnography and the Historical Imagination (Westview, 1992) ; Sanford Budick & W. Iser eds, The Translatability of Cultures (Stanford 1996) ; Paula G. Rubel & Abraham Rosman eds, Translating Cultures (Oxford, Berg, 2003), Michael Cronin, Translation and Globalization (Routledge, 2003), Eco, Experiences in Translation (trad. A. McEwen, U Toronto P 2001).

. Peter Goodrich, "Europe in America: Grammatology, Legal Studies, and the Politics of Transmission" (Columbia Law Review, 101, 2003, 2001).
. James Boyd White, Justice as Translation. U of Chicago P, 1990.

Modes critiques : P. Legrand

Bien aimé, le nerf de certaines prises critiques de "Issues in the Translatability of Law", de Pierre Legrand dans Nation, Language, and the Ethics of Translation (Bermann & Wood eds.) :

. la distinction, autour de la question de la plurijurality, de "strategies of simplification" (disons, le cours général des politiques de construction européenne juridique : nivellement par l'ignorance de la différence, homogénéisation - or "common core approach", "the ever-increasing technological standardization of law" 34 - "philistine tactics" ... 32) et "strategies of complexification" (entrée dans le temps pragmatique, culturel et historique, de la diversité des droits) p. 32.
. "the instrumentalist sabotage of cognition" 33. Les défenses, ignorances actives, contre la diversité ; du simple "plus d'un droit". Qui produisent du non-savoir, et dépossèdent - quoi qui ?, le public - de ces forces multiplicatrices de culture que sont les savoirs qui montent des zones de friction et des dynamiques d'embrayage.
. de même "a 'cognitive intoxicant'" 34 : qu'il prend à la lecture de Mark A. Schneider (c'est ça ?). Et : "the ignorance strategy [a textbook illustration of]", en note p. 49. Pour ignorer les "Legal irritants" (Gunther Teubner, 1998).

. beaucoup aimé la notion de diversité comme interruption : c'est le point de départ, qui entame "la suprême" (Mallarmé) du Droit : "If one accepts that statutes are not enacted by legislatures and that judicial decisions are not made by courts with a view to applying to foreign legal cultures, then legal borrowing across legal cultures is the practice ot interrupting intention, which is a form of epistemic violence." 30.
L'interruption, plutôt que la tolérance l'ouverture le dialogue - good god deliver us. L'étranger, comme interrupteur : processus culturel, de l'altération et différenciation, de ce que la linguistique sait identifier, comme shifter.
Le Droit comparé le reprenenait, en approfondissant avec Derrida : "J. Derrida se demande ainsi dans quelle mesure le Verstehen doit relever non pas de la continuité du rapport de médiation, mais bien de l'interruption de ce rapport, et en tant que 'condition [...] de l'enten[dement - [[ à entendre comme déploiement de la question de l'entendre, l'écoute, le "discours de l'oreille" et l' "otologie"]] ]. Pour J. Derrida [critique de l'herméneutique pré-déconstructionniste, "méthodique", de Gadamer], la thèse gadamérienne de la 'compréhension' et sa propre stratégie de la 'non-compréhension' (je dirais : de l' 'entendement') sont "absolument inconciliables". Or, il convient de faire valoir un éthique de l'altérité [...]" (73).

. "Ultimately, comparative legal analysis must not have a unifying but a multiplying effect" 41 : le multiplicateur de juridicité ; l'étranger comme la Modernité de Rimbaud, multiplicateur de culture, ou d'histoire ; et produisant celle équivalence en ou.

. enfin : la notion de fausse sortie, dans Le Droit comparé (11), prise dans une lecture de Derrida (Marges).

Paradigmes du public

Tiens, c'est "paradigme" qui me vient (j'écoute M. Espagne) plutôt que mon "mode" ordinaire - pour noter, en filant, ces segments du spectre où une histoire de la pensée humaine ("occidentale", pour ici) marque ses idées du collectif, du social. C'est chaque fois un pan, un monde : un point de vue, théorétique (et donc logothète ou créateur de discursivités, arts et disciplines), et idéologique.

Community et communauté, collectif, public, république, demos, nation, ethnos, peuple, polis et politique, polity, culture et Bildung, society et société, groupes et agencements, constituencies, etc. Aussi, en déclinaison : histoire, et tradition. P. Legrand parle, pour essayer de descendre au creux commun, de modèle de cohésion sociale (note 1, dans "Issues ").

Puis ce pan anonyme, qui m'intéresse pour les échos qu'il fait entre Industry of the Ordinary, Lives of the Obscure de Woolf, les arts repris par Certeau, comme manières de savoir, jusqu'à l'intime historique du populaire, et même les moeurs : ce vieux vieux modèle d'une science morale, à reprendre par Shafestbury.
Ces sciences de la culture.

Gauri Viswanathan

Une figure que je découvre, dans le sommaire du volume Nation, Language, and the Ethics of Translation (Bermann & Wood) : les premiers détails tirés du site du département de English and Comparative Literature de Columbia :

Title: Class of 1933 [??] Professor in the Humanities
Specialization: Intellectual history; education, religion, and culture; 19th-century British and colonial cultural studies; history of disciplines

Bio
Gauri Viswanathan is Class of 1933 [what?] Professor in the Humanities at Columbia University. She has published widely on education, religion, and culture; nineteenth-century British and colonial cultural studies; and the history of modern disciplines. Her most recent article is “Secularism in the Framework of Heterodoxy” published in PMLA (2008). She is the author of Masks of Conquest: Literary Study and British Rule in India (Columbia, 1989; Oxford, 1998) and Outside the Fold: Conversion, Modernity, and Belief (Princeton, 1998), which won the Harry Levin Prize awarded by the American Comparative Literature Association, the James Russell Prize awarded by the Modern Language Association of America, and the Ananda K. Coomaraswamy Prize awarded by the Association for Asian Studies.

She is also the editor of Power, Politics, and Culture: Interviews with Edward W. Said (Vintage, 2001), as well as a special issue of ARIEL: A Review of English Literature (2000) on “Institutionalizing English Studies: The Postcolonial/Postindependence Challenge.”
Prof. Viswanathan’s current work is on modern occultism and the writing of alternative religious histories. She has held numerous visiting chairs, among them the Beckman Professorship at Berkeley, and was most recently an affiliated fellow at the American Academy in Rome. She has received Guggenheim, NEH, and Mellon fellowships, and was a fellow at various international research institutes.

Modes de l'anthropo-logique

Toujours, je cherche un positionnement, j'apprends la diversité des positionnements historiques, en suis toujours plus goulue. Explorant la question de la disciplinarité, et les profondeurs de ses enjeux, travaillés (en ces termes) depuis l'invention des sciences humaines.
Les sciences de la culture : j'en étais là récemment. ("Sciences de l'étranger", M. Espagne.) Mais me revient aussi l'important : disciplines du sens, de Meschonnic, comme ombilic : source-et-ruisseau au sens de Saussure.

Et les "manières de savoir", infra-épistémologique : savoir populaire, savoir pratique, etc. Linguistique et "sentiment linguistique", par exemple, dans les termes de Saussure. Il faut que je vérifie si la formule est de Certeau ou de ma lecture de lui. Des cultures du savoir, qui sont autre chose et pourtant cousines des modes délibérés, studieux, du savoir. Ici on voit se mettre en branle les enjeux de pouvoir dans la diversité sociale des pratiques du savoir. Good.

Un germaniste

Michel Espagne, et le continent des Philologiques, de la collaboration, productrice de collaboration, avec Michael Werner.
Volume à auteur unique : Le Paradigme de l'étranger. Les chaires de littérature étrangère au XIXème siècle, Cerf, 1993.
Est-ce que je l'ai déjà écrit ici ? La littérature allemande est, historiquement, plus "littérature étrangère" (au sens de JPA, et du "Texte étranger") que l'anglaise - qui n'a comme faveur que la tradition de rivalité culturelle franco-anglaise. La franco-allemande est, pour la question de la littérature, sérieusement riche. Tout l'enracinement dans la pensée de la culture depuis Herder et contre le goût et la géopolitique culturelle française pré-révolutionnaire ; dans l'immense travail culturel (théorique et artistique) du Romantisme. L'invention de l'histoire, et vraiment l'inauguration du XIXème comme siècle historique.

M. Espagne propose donc cette notion de "paradigme de l'étranger" : Fauriel, Ampère, et le renouvellement d'une pensée des cultures humaines - une critique, aussi, de la philosophie, des Lumières - par la question de la littérature comme les littératures. Histoire de la pensée humaine, et historicisation de la pensée, par l'étude comparative-génétique des histoires mêlées et des différentiations.
"La question que pose l'étude des littératures étrangères dans l'enseignement supérieur français du XIXème siècle n'est pas celle du développement d'une discipline érudite, mais bien de la mise en place, d'un point de vue français officiel, des aires culturelles et de leurs spécificités présumées, la mise en place d'une science de l'étranger." (18)
Reste pendante : celle des implications théorique de la notion d'aire culturelle (avec les civilisationnismes, en suite de la théorie des climats de Montesquieu, par exemple), qui tournent vers les nationalismes, marque aussi de l'historicisme du XIXème. Puisque c'est aussi la concurrence (parcours parallèles) de la philosophie-philologie allemande et de l'histoire de l'esprit humain expérimentée par les Idéologues. Ce drame de l'étranger, rapporté par Humboldt au retour de Paris, et par Fauriel et Ampère au retour des contacts avec Grimm, Schegel etc. Il y a bien une tradition française de pensée de la culture, post-Lumières et post-révolutionnaire. Ses prolongements ? Il y a bien, en rivalité franco-allemande (pour ne parler que d'elle), une invention, concurrente dans le temps et post-révolutionnaire, des sciences humaines. Sciences de l'esprit : Geist / Idées.
Le fil historiciste est la garantie critique de ce mouvement, international (avec centre de gravité dans la philologie allemande, et champ de matérialisation les modernisations des universités en Allemagne, Angleterre, France, Amérique...).

Reste cette question : comment la discipline "littératures étrangères", avec ses pratiques comparatistes et historicistes, se transforme-t-elle pour arriver à un champ où se différencient les littératures nationales et la littérature comparée?

Un ethnologue

Le travail d'Abélès dans Un Ethnologue à l'Assemblée (2000) - autrement d'ailleurs que pour l'Anthropologie de la globalisation - me laisse finalement perplexe. Je cherche l'ethnologique de ce travail, alors que je garde en oreille l'attention marquée, le soin de réflexivité, de Beaud et Weber. La conclusion, par exemple, me paraît mal produite par le travail présenté dans le corps du volume - elle relève parfois plus de l'opinion personnelle, alors, que de l'interaction ethnographique. Et finalement du lieu commun ; un infra-scientifique qui reste, dans le contexte de cette exploration de méthodologie, intéressant, suspendu dans le processus d'une valorisation possible comme opération scientifique. De "l'observation participante", peu de marques remarquables comme effectivement opératrices de scientificité - seulement, les "je" en effet présents, et les remarques de ressenti et d'expérience, de l'observateur comme des observés. Et les lignes de fuite comparatives avec l'ethnographie dans sa tradition d'exotisme m'apparaissent toujours un peu artificielles, comme sollicitées, forcées, voilà ; de l'ordre d'un extérieur, cherchant peut-être une fonction de caution, ou d'écoute de ce qui se passe dans ce décentrement vers un exotique intime (la "vie politique" locale ; le "microcosme" du Palais-Bourbon) - mais finalement peu de choses sont produites dans cette chambre d'écho, qui est avancée comme la proposition théorique-épistémologique.
Je pense à l'un des thèmes qu'Abélès se donne à explorer : la publicisation, comme processus politique du parlementarisme. Analyse fine, suggestive, de la double énonciation parlementaire : débat, ou échange (entre), et adresse (à) (312-313). L'ethnologie aussi, comme science : procédé, activité, de publication. Mais c'est sa scientificité que je trouve mise en question dans cette étude : comment le compte rendu de terrain - avec son ambition, si science il doit y avoir, de faire quelque chose à la fois au "lieu du politique" et aux moyens collectifs de son analyse -, diffère-t-il, se singularise-t-il, d'une simple vulgarisation : énonciation de type informatif ; récit de voyage, récit d'exploration, avec même un versant instruction civique nationale, etc. Je sens mal l'inventivité épistémologique, et sa part critique apportée. Alors que je cherche, dans l'ethnologie, et ses réinventions modernes - dont Abélès est l'un des repères pour moi pour l'instant -, ces apports, affinages, recontextualisations, et forces de modernité, des sciences de l'étranger. Je sens mal le travail du point de vue, qui me semble devoir être (depuis lecture de Beaud & Weber) le coeur de l'activité ethnologique.
Rapport de public ; théorie du public.

Par distinction, il me semble que se dessine alors mieux ce que j'attends : l'ethnologie (peut-être - mon nouveau plan d'espoir) comme science analytique du rapport, et micro-polémologie.
Etude, et développement des moyens pour l'étude, des rapports sociaux : dans leurs systématicité (d'où un positionnement épistémologique qui m'intéresse : lui-même soustrait aux souffrances immédiates du polemos, par la sagesse théorique d'une anthropologie des rapports, soit, soigneusement, historique - d'où un intérêt pour les stratégiques de Foucault et de Certeau, à ... "explorer"). Les rapports et non les identités, comme point d'observation : les équilibres, les interfaces, les dynamiques de légitimité et de production collective des normes (et pas seulement de force - qui dit, lu dernièrement, et prenant appui différentiel sociologie/anthropologie sur Bourdieu : rapports de sens et rapports de force - Beaud & Weber, je pense), les surfaces sociales d'échange et d'inter-, les négociations de la diversité - observables par une science du point de vue ; science des jeux du social. Position, place ("se faire une place"), par les analyses des espaces, géométriques et signifiants - étudiés ici dans la topographie du Palais et des places de parole. L'ethnologie science des places et des positionnements culturels : des situations. (Et sachant, éventuellement, la nature globale, dans dissection possible, des situations comme blocs présents d'ordre énonciatif : sachant se munir d'outils de "participation". Science réflexivement, implosivement, culturelle.)
L'ethnologue à l'Assemblée soulève, au mieux, ces équilibres des pouvoirs et contre-pouvoirs (261) ; isole et identifie les phénomènes de critiques (268, 284) : zones de frictions, où de l'identitaire se met en question, au travail du rapport. Identifie ses objets : usages, fonctionnement, "la vie quotidienne". Le "lieu du politique" (Abélès, Le Lieu du politique, Paris, Société d'Ethnographie, 1983) : temps, et organisation sociale et matérielle, du social, comme politique et comme culture.

Je trouve, au fil du Diplo (août 2008, 12), une accroche importante : l'article rapporte l' "Insolite face-à-face entre ouvrières et actionnaires" chez LVMH, et note dans sa chronique de cette guerre un niveau d'observation polémologique qui m'intéresse : non pas seulement l'affrontement catégoriel, qui hypostasie le champ de forces, mais : "Entre petits porteurs, banquiers, management, fonds de pension, la 'dictature du capital' a des conflits internes à régler." Il me semble qu'une ethnologie sait faire ça, en spécification par rapport à une historiographie ou une sociologie (statistique), par exemple. Les lignes de fractures partout, intimes, dynamique de fourmillements. Les forces sociales des résultantes et des cristallisations ; toujours en reprise, locale. C'est une autre polémologie - et l'attention au quotidien, Certeau, en enseigne quelque chose de spécifique, et d'infiniment précieux, pour ne pas se tromper sur le cours politique.
Pas les groupes, mais le bloc moléculaire, en recomposition fourmillante ou faisant oeuvre - Deleuze & Guattari. (Mais sans la physique.)

J'en viens à, par la polémologie : l'ethnologie, comme science des différenciations anthropologiques, ou sociales. En ça, science de l'étranger, et en ça critique des philosophies politiques. Science des conflits internes aussi, par exemple. Rapports, conflits, identité en histoire. (Je trouve un mot qui va bien, aussi, pour désigner une autre zone de la question, dans Le Droit comparé (P. Legrand) : une cratologie. )
=> à continuer à penser en rapport (de distinction) avec la distinction (Bourdieu) : opérateur social et opérateur de sociologie.
Le rapport de culture, comme rapport différentiel. A mettre en rapport aussi avec le mode épistémologique du général, par Saussure : le différentiel linguistique comme historicité.

Je ne sais pas bien où je me retrouve, en suivant ces lignes du peuple et de l'étranger, langage et culture, histoire. Certainement dans une "anglistique" française délocalisée, ahurie. Et entrant dans un espace qui me paraît bien parcouru par la pensée américaine, et les traditions des sciences sociales. En France, ces lieux inconnus, et nouvelle expérience des cloisonnements disciplinaires vraiment forts (des pans complètement aveugles, depuis le lieu d'où j'ai appris à regarder) - je ne le savais pas.

lundi 28 juillet 2008

Etat des nouages - et les manières de savoir

Un noeud continue à s'enrouler et s'épaissir, prenant ensemble toujours plus de cohérence, mais demandant aussi toujours plus de lignes à en dégager pour ne pas s'en étrangler - écriture.

Nouages à présent : la passion, photographique et relationnelle (professionnelle et institutionnelle), des gens de la culture : public, peuples, diversité, ensembles tensifs, et leurs modes. De vie, commune et dissensuelle. Il faut toujours que j'aille voir la Mésentente et le Dissensus, Rancière et Lyotard : agenda.

Je prends par plusieurs versants, dernièrement :

1 . Le Droit comparé. Introduction par le volume de Pierre Legrand (PUF, Que sais-je, 2ème édition 2006), et par un texte de problèmes, "Issues in the Translatibility of Law", dans le volume Nation, Language and the Ethics of Translation (ed. Sandra Bermann & Michael Wood, Princeton UP, 2005). Reprise, nourrie, de la question du comparatisme, à critiquer, toujours, par l'étranger et l'historicité. Oui, le droit rendu à son processus historique - la justice des hommes - par la simple prise en compte, simple et obtusément difficile à entendre, historiquement et géo/politiquement, de la diversité des droits. C'est-à-dire leur culturalité. Ne serait-ce que dans l'asymétrie "Droit" / "Law". Ici vient jouer la pression politique du présent, qui est simplement le terrain de vie et d'enjeu : la construction européenne. Et alors oui, le travail théorique comme travail politique ordinaire - même si c'est, inconfortablement, dans l'agôn.
Ouvert ici, le grand espace d'une réflexion transdisciplinaire maintenant riche et substantielle, "anglo-saxonne", qui continue à confirmer mon impression d'un retour de la théorie vers la France, American Theory, American Théorie, et la surdité étonnante, l'effet de retard, qu'un angliciste est bien situé pour ressentir - and mull over. Un grand champ bien peuplé, bien muni en infrastructures conceptuelles, tendu au-dessus des Cultural studies et des développements de Social & cultural anthropology, des Postcolonial studies et Law, des Social sciences et des nouveaux modes du savoir en Histoire, produit en particulier (ce "particulier" est en majeure partie celui de mon attention - d'autres dynamiques sont en jeu évidemment, que je ne peux pas reconnaître, par ignorance des pans de travail concernés) dans une dynamique de reconfiguration des territoires par l'effet de la French Theory ; par la pression politique des minorités, des Civil Rights au multiculturalisme ; par la massification de l'université et sa fonction reconsidérée dans la société et ses modes de productions, etc. La mondialisation corporate, aussi, vécue singulièrement dans les contextes différents.
A noter, le point de discussion avec la prise critique que développe P. Legrand : la fonction centrale de Derrida comme moteur de problématisation, ou décomplétion ; Derrida centre de gravité. A ce coeur, où viennent verser des pans entiers des Translation studies, Cultural studies, Postco... (mais pas de la philosophie) : la question de la conception de l'histoire, et des opérations de l'historicité - avec leurs implications idéologiques. S'arrêter à Derrida (soit : avant la question du langage), bloque le chemin d'une théorisation de l'historicité des phénomènes culturels et de leurs produits ou cristallisations.

2 . Guide de l'enquête de terrain. Stéphane Beaud et Florence Weber, La Découverte, 2ème édition 2003. L'ethnologie, et ses méthodes, avec pliées en elles une histoire longue et fournie de questionnement épistémologique : l'ethnologie comme pratique expérimentale du rapport culturel, et, par l'auto-analyse et par l'écriture, comme étude des manières de savoir.
L'ethnologie, comme une autre discipline de l'étranger, science de l'étranger- qui vient se placer en série dans mon parcours avec la Littérature comparée et les comparatismes, puis la philologie. Discipline de la diversité des peuples. Avec sa propre histoire culturelle : intellectuelle et comparée (une tradition "anglo-saxonne", repère nécessaire pour penser une actualité - et une légitimité, puisque ... - française, ou simplement locale, propre).
J'y pense dans une rêverie d'Inde - le "projet Inde". Et d'une entrée dans la diversité des cultures, cultures théoriques, cultures universitaires et épistémologiques - avec des outils à cogiter, à essayer, à considérer.
Un guide - l'idée même d'un guide, comme geste de publication, soit de "coup" [je suis déjà dans Certeau] dans l'identité disciplinaire - compact, très centripète, qui insiste sur le mouvement de la réflexivité comme constitutive de l'identité scientifique et l'exigence - moralité/scientificité - de la discipline. Pratique. Savoir pratique - vers (ou depuis, plus précisément) Bourdieu. Poussant la notion sociologique de Bourdieu, anthropologiquement, vers les manières de.
La manière, nécessairement donc les manières, comme concept, critique, pour appréhender l'ethnos : le rapport de peuple. (cf Les Mythologiques de C. Lévi-Strauss, et les manières de table - et développements critiques par GD.)

3 . L'Invention du quotidien. 1. Arts de faire, Michel de Certeau. Difficile de le situer, pour l'instant. Une prise un peu héroïque, pour l'héroïsme de la réhabilitation - on peut aller plus vite sur cet agôn, et rentrer dans le travail. Mais certainement des ouvertures, des lucidités, et des prises singulières, extrêmement précieuses. Pour une dé-domination de la Culture. Ou la culture en contre-pouvoir à la Nation, la Cité, etc. Le temps du fourmillement quotidien. Culture en prise avec politique.
Une altérité de Foucault ; à lire comme branche et croisement - sur le politique et le stratégique.

4 . Un Ethnologue à l'Assemblée. Marc Abélès. Bien sûr très séduisant, très ouvert, travail de publication - l'ethnologie comme mise en public. Puis finalement, je ne retrouve pas vraiment ce que j'en espérais : une analyse du local du conflit politique. Pour l'instant ce qui s'en approche le plus est présenté comme tension, dilemme, paradoxe : "l'émotion et le formalisme" des procédures de la délibération parlementaire ; la guerre politique et l'epos de la représentation (le rituel, qui n'est pas le théâtre - 236). J'attends plus sur la violence, sur les affections personnelles comme chair du Politique ; j'attends plus d'entrée dans. Il y a une foi, étonnée et sympathique, qui vient caresser plaisamment mon émotivité républicaine, qui prend la république pour le peuple et la démocratie, et l'institution pour le fait. Toujours cette séduction qui se refait sous les pieds, comme une idéologie. (En prendre, simplement, la mesure - et ne pas croire qu'on n'est pas là.)
Certainement, l'observation de l'espace de l'Assemblée pointe de manière tout à fait problématique, avec aise, la résistance culturelle à la République et son histoire, révolutionnaire. Sympathique rappel, trace, de ce que la Nation française est bien poussée, à hue et à dia, par les soulèvements sourds, sans trop de visages, anonymes et tenus dans l'anonymité, des peuples de France.