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jeudi 12 juin 2008

Agenda - livre noir

Rencontrant BC et EA avec ELB hier, et cogitant autour des modes possibles pour une prise critique active sur les évolutions actuelles, quotidiennes, du front de lutte engageant les disciplines du sens (et leurs diffractions comparatistes dès qu'on met aussi en jeu de "modèle américain" qui se pense par la forme "Humanities") : c'est bien la question du ce qu'il y a à faire, du comment faire, et simplement du faire : la mise en question d'une pratique, épistémologiquement très travaillée mais politiquement délibérément dévalorisée et démaillée étape par étape.
On parler de pamphlet, de livre à rassembler, études des points de vue français et américain (pour faire levier sur le "modèle américain" qui fonctionne comme outil de réforme), pour septembre, de ... On parle de qualité du collectif dans cette entreprise : c'est en effet en soi une prise, politique.
Certainement on peut imaginer un livre noir - entreprise à long terme ; moins un objet, soit un énoncé, qu'un travail, soit une énonciation ; un travail scientifique. Qui peut se faire par, contenir parmi d'autres prises, un travail documentaire : la constitution d'une formation contre-discursive. Un think tank et ses ressources discursives. Le comparatisme y est crucial.
Mais connaître aussi et rendre visible aux résistances éparpillées les plans existants : l'ARESER, les collectifs SLR SLU, et toutes autres entreprises locales. (Organisation : c'est la constitution d'une voix politique, comme collective - et c'est la difficulté de sa constitution qui mesure la force de démobilisation, de désunion, de fragmentation des horizons et perspectives, de l'adverse).

mercredi 11 juin 2008

Agenda : visées de logomachie

Il y a simplement une pratique de contre-discours à monter, à suivre. Et à afficher ; lui trouver, travailler, une audibilité sociale.
Foucault déplie des histoires locales de tactiques discursives, de dispositifs de savoir-pouvoir. J'approche toujours un peu plus vers comprendre peut-être quelque chose de cette proposition qui a fait masse d'incompréhension pour moi : comment Said pouvait reprendre, dans son développement finalement de la proposition critique (généalogique) de Foucault affadie dans le sens d'un traditionnalisme de "l'intellectuel", la formule du "speaking truth to power". C'est ce que vaut "vérité", et "véridiction" chez Foucault. Speaking truth to power : mon écoute l'incline lentement vers (mais je n'ai pas fini d'apprendre cette écoute, et ni de savoir y résister, comment) : contredire par d'autres régimes de dire-la-vérité ; affaire de logomachie.

S'il y a à hisser les disciplines, actuellement, à hauteur des enjeux du débat dans lesquelles on les précipite (on : la présidence de Nicolas Sarkozy, càd la visée de la construction européenne comme projet du néocapitalisme, et celle de la "modernisation de la France" comme projet de prolongement jacobinisant des grandes dérégulations thatcheriennes ; projet des colonisations capitalistes des externalités publiques, sociales, culturelles, écologiques, biologiques) : c'est pour engager un débat, y insister pour le débat public, processus démocratique. Voix politique. Mais dans un milieu qui n'est pas celui du démocratique politique : ici il s'agit, spécifiquement, du débat scientifique, en tant qu'il y participe ; et en tant que son mode de participation est à réinventer, à re-pratiquer; à instruire à neuf et à catapulter par cette friction - cette logomachie.

Il s'agit donc : non pas d'entrer dans le débat, s'y frayer une place, y crier par-dessus les hauts-parleurs du Discours, mais de développer devant lui un, des, plan/s de discours alternatifs. Contre-discours, et en particulier, pour le concret, deux lieux deux visées : la discursivité cyber, pour pousser dans le milieu des médias ; et la discursivité scientifique, pour pousser contre le milieu de l'expertise.
On peut faire : une analyse scientifique des discours de l'exepertise - certainement, selon la proposition de F. Neyrat à l'ARESER, une sociologie des experts et leurs figures dominantes ; selon la politique critique de l'ARESER, une analyse des enjeux des réformes. Mais aussi un discours de poétique de l'étranger de cette expertise, par exemple : une sciences-de-la-culture des expertises, par exemple ministérielles sur la recherche, et européennes sur l'enseignement supérieur.

La journée de travail Pol-Lab m'aide à tremper cette détermination. Les timidités quant aux engagements de la lutte s'effacent de plus en plus, par la montée d'évidence quant à la nature du champ - professionnel et social, culturel et politique.

Il y a du chantier collectif à imaginer, ouvrir : l'entreprise est politique.

lundi 12 mai 2008

Défenses et actualité

Ouh là oui, il vaut aller vite. Impatience avec les agitations des défenses de tous ordres - qu'il faut faire, et qu'il faut aussi dépasser.
Entendre ces remues-ménages all around : entendre l'entrepreneur de Netvibes parler du site comme d'un outil d'attention - oui, arriver à aller dans une vie aussi vite, souplement, que le développement des possibilités techniques. Y faire culture. Entendre Ray Kurzweil parler de ses outils de lecture du présent dans sa vitesse : not just paradigm shift, but paradigm shift rate. Entendre l'incisif tranquille d'Abélès sur de nouveaux horizons de l'anthropologie et des sciences de l'homme (anthropologie en regard de la sociologie, pour ce qui le concerne immédiatement) ; de Boltanski et Chiapello sur la cité par projets et l'actualité des modes de la critique.
Ces propositions d'une historicité contemporaine ; ces propositions en acte d'une praxis de l'histoire, anti-spectaculaires, simplement dans leur temps. Lignes de fuite hors des étaux qui cadrent un autre âge, où on n'est déjà plus. Il faut penser en avant. Et dès que le regard se tourne, fresh!, on se retrouve sorti de débats qui pèsent parce qu'on doit les porter à bout de bras, en porte à faux : ce ne sont plus les nôtres, et ils ne viennent plus de la vie.

Aufgabe - ce que fait

Je rentre dans la sensation d'une formation culturelle vaste, ramifiée, qui travaille l'Allemagne des années 30 en tâchant de la lester de sa propre histoire philosophique, ou geistige, culturelle, alors qu'elle se recompose en une nationalité éradicale. En amont même, tout le premier 20ème siècle. D'une part.
Puis, une remarque dont je me fais un programme d'écoute et de cogitation : la question, qui se tresse dans des plans pourtant distincts, de l'Aufgabe. La tâche. Qui me donne une résonance historique pour la question que j'ai sous les pieds en ce moment : agenda. Comment. Question de disciplinarité ; de modalité, du savoir-pouvoir-vivre.
Benjamin et la "Tâche du traducteur"
Husserl et la tâche de la philosophie pour l'Europe comme projet de l'esprit (Krisis)
Weber parlait déjà de la tâche - du sociologue, du savant, --.
Quelque chose du projet philosophique, et wissenschaftlich, allemands?

Je note la prise que donne Jean-Michel Salanskis, dans son Husserl (Belles Lettres, 1998) : "Husserl n'est pas fini, croyons-nous, parce que [...]. Husserl est un avenir de la (notre) philosophie simplement parce qu'il est une injonction au et un matériau de travail. [...] Aucun de ces auteurs [Wittgenstein, Heidegger, Quine, Kripke, Gadamer] ne lègue à la philosophie une demande de travail comparable." (12-13)

Et je continue à noter, comme un possible (sur quel mode?), le What is to Be Done de Lénine. Comme marque dans l'histoire des pensées de la praxis.
Et l'ethnométhodologie comme science du sens pratique (Bourdieu, replacé par Abélès).
Et simplement l'histoire, le présent, càd le regard du "en avant!". Le désir.

Enfin : il s'agit, simplement, de "ce que fait un linguiste" ; "ce que fait un angliciste". Une autre temporalité de la "tâche" et du faire.

jeudi 8 mai 2008

Institution et comment culturel - Abélès anthropologue

Ce que j'espérais : l'incisif, dépolémisé, de l'anthropologie, déployée lentement par Abélès dans Anthoropologie de la globalisation. Comme critique - ici it feels plutôt même, en douceur, comme à la fois ouverture à plus large, et actualisation à un après l'époque des paradigmes du national - de l'institution. Et ouverture d'une sensibilité, instruction de ses outils, à une "vie quotidienne" d'un monde postnational. Contre une "vision purement institutionnelle" (161) ; pour "la question du comment" : institution mais aussi représentation, force mais aussi sens. Et passant par le maillon critique nécessaire, la transition majeure, qu'est l'historicisation de Foucault.

Je tends l'oreille. Il s'agit de l'anthropologie comme science de la culture. (Ce que fait un anthropologue - c'est bien ce fil qu'il suit et recoud continument dans le parcours, très préparé, très guidé, du livre, qui s'enfonce en effet, dans un présent. En faisant passer des modes conceptuels devenus émoussés.)
L'écoute ethnologique, comme question du comment ; question du faire culturel. Plus incarné, à un stade de la présentation, en question des modes de l'action politique. Agenda ; agency? On y arrivera peut-être?

C'est quelque chose qui répond, justement libre de l'ornière de polémologie (le terme et donc l'enjeu est/sont présent/s en début d'étude), à la conception du culturello-politique que canarde Taguieff. Question de politique du peuple : une histoire culturelle -- avec ses modes marqués et ses entraves particulières --, et une ethnologie.

dimanche 4 mai 2008

Moyens de l'anthropologie - Abélès

Marc Abélès, dans Anthropologie de la globalisation (Payot, 2008) - quelques pointes, pour les sciences de la culture (et les : sciences de l'étranger) :

. chap. 1 : "De l'économie à l'anthropologie" : se fait un fond de contexte factuel et discursif, en reprenant noms, textes, mots d'ordre et issues. C'est dérivatif, informationnel - bon certainement pour l'embrassé. Certainement, la mondialisation est un fait en tant que crux de discussion, centre géométrique des débats cherchant une prise sur le contemporain. Proposition d'un choix entre "mondialisation" et "globalisation", en avant-propos et pour caler le titre et le point de vue, me paraît un peu faible, sans beaucoup de tranchant pour traverser le champ d'une perspective : simplement se dégager d'une continuité avec les "premières mondialisations", et se donner la place de penser une spécificité de cet inédit. Now what. [ Et : si plus loin le mouvement de discussion débouche sur Arjun Appadurai (transcultural social sciences) et George Marcus ("anthropologie multi-site" et multi-énonciation), c'est bien la discursivité, et la dimension traductionnelle, qu'il faut écouter. "Globalisation" est donc à prendre nécessairement, au risque sinon de simply miss the point, comme un calque de "l'anglais (Etats-Unis)", avec toute l'histoire du terme, et de ses passages de bouche en bouche, de langue en langue. Une anthropologie du monde"-monde", si elle se veut corrective d'un économisme, doit aussi être une poétique de l'énonciation conceptuelle et culturelle et idéologique. ]
Le chap. 1 prépare une mobilisation du plan économiste au plan de la vie quotidienne du ; dimension culturelle, et politique, du. OK.

. chap. 2 : "L'anthropologie face à la globalisation" : il s'agit de recomposer le tableau d'une histoire de la discipline, aux prises avec l'histoire géopolitique et ses séries de noeuds, conflits, et structures et dynamiques de domination. Très utile pour le néophyte que je suis dans ce champ où les repères se prennent ici très facilement. Bel exercice réussi, qui met des outils et des lucidités entre les mains, pour la suite : ce que peut une perspective anthropologique, (ethnographique et ethnologique ; terrain et théorie), pour penser le présent. Sans doute le plus prometteur est l'énergie qui cible la pensée du politique, la vie quotidienne du politique, à ce moment, cette situation, d'un paysage en recomposition rapide.

D'ailleurs en effet l'étape suivante est celle-là. Chap. 3 : "La globalisation et le politique".

. science de l'homme. La reprise de jalons dans l'histoire de l'anthropologie pointe bien le regard vers un problème épistémologique et idéologique qui falls into place as question du savoir-pouvoir : la négociation nécessaire de la discipline avec le positivisme scientifique du 19ème, encore prégnant évidemment. Les efforts pour inventer des distances, des lignes de fuite, dans le "carcan monographique" et autres cadres marqués par les sciences naturelles. Entomologie. Radcliffe-Brown : "L'anthropologie est la science naturelle théorique de la société humaine" [Structure et fonction dans la société primitive, [1952], Minuit, 1968.].
C'est l'histoire du Musée de l'Homme (voir GD sur le Musée du Quai Branly et la nouvelle politique muséale du Musée de l'Homme recirconscrit en reste).

. Appadurai (et al.) sur la globalisation de la recherche. Pour les "sciences sociales transculturelles". 100. Avec une critique de JL Amselle pour méfiance du communautarisme des "voix". Vecteur pour la Theory exchange.

. Les sociétés et leurs sciences sociales. Voir, au moins, par un petit effort "de réflexivité" (les termes, ici), l'interaction entre les savoirs sociaux et les pratiques sociales et les identités sociales vécues, les "expériences". Et les "voix". Le dernier état du récit de contextualisation qu'élabore Abélès nous laisse auprès de George Marcus, et sa proposition de "l'anthropologue citoyen" (well...). Le problème est bon, il est même minimal ; une exigence minimale pour une anthropologie du présent : non seulement un engagement des sciences sociales (on serait encore dans un paternalisme d'appartenance "traditionnelle" au sens de Horkheimer), mais un embarquement, au moins. Heidegger/Sartre (Abélès marque le terme de "situation", dans la figure de Max Gluckman, anthropologie britannique 1958 - Analysis of a Social Situation in Modern Zululand, Ecole de Manchester). Le long emmêlement des sciences sociales avec leurs conditions sociales, dont il n'y à pas à se libérer mais à se théoriser, et se multiplier en puissance incisive.
Nouvelles propositions, par la question de la "réflexivité" et par l'appel à la "théorie", pour une anthropologie comme "théâtre de réflexivités complices", les informateurs et les ethnographes ensemble dans un présent d'énonciation commun. 104.

. enfin, la question de la poétique, qui affleure périodiquement. Surtout mais pas uniquement dans les zones déconstructionnistes. Geerz (la culture comme"texte", l'anthropologie comme écriture : affaire de Writing Culture (. The Poetics and Politics of Ethnography, J. Clifford & G. Marcus, UCalifP, 1986). Abélès marque un jalon Bhabha, aussi.

mardi 29 avril 2008

Hands on - ethnologique politique éthique

Soif de terrain et d'outils pour le terrain, et de perspectives, de comment.

Une ethnométhodologie, éventuellement. Marc Abélès anthropologue de l'Etat, du politique, de la globalisation. Méthodologies pensées de l'enquête de terrain, outil des sociologues (Stéphane Beaud et Florence Weber, à La Découverte). Peut-être repasser par Certeau, l'invention du quotidien. Je lis aussi Lénine, avec la perplexité estomaquante d'un vif de l'histoire - qui laisse songeur.
J'en suis à cet étrange état où l'immobilité des choses, valeurs défendues et projets prenant forme dans le champ scientifique me rappelle les enjeux à vif que l'université américaine a affronté pendant la période du cultural turn. 1993, par exemple, pour le ACLA Report de Berheimer, et son Comparative Literature in the Age of Multiculturalism. Comme si on était au bord d'une formulation en terme de retard, de 15 ans. Bien sûr il ne s'agit pas de ça.

Des outils très pratiques, culturellement marqués dans le "pragmatisme" américain (dont pour ingrédients God et les neurosciences en horizon, community et la possibilité, les pratiques des motivational seminars et autres self-help qui déclinent dans un maintenant liberal des lignes qui remontent aux sermons puritains et à la démo-théocratie) et dans sa tradition contemporaine de résistance critique et d'activisme démocratique, dans Frances Moore Lappé. Getting a Grip. Clarity, Creativity and Courage in a World Gone Mad, Cambridge Mass., Small Planet, 2007.

. l'appel à tourner le regard de la Thin Democracy à la Living Democracy : la démocratie se fait par chacun ici maintenant et en inter-subjectivité. Savoir la faire agir, la multiplier. S'en encapaciter. Call it "relational power".
. la notion de "What democracy feels like". Illustrée, ici, par un répertoire d'expériences locales et diverses.
. la notion de the art(s) of democracy, et d'une formation à l'activité démocratique. La démocratie de l'ordre d'un faire, quotidien, ordinaire, et pouvant relever d'une pratique modificatoire.
. la notion, plus difficile - elle s'installe moins confortablement dans l'humeur upbeat and bright-eyed des récits des succès et des possibilités dégagées ; l'humeur de "sanity in action" -, de "conflict as creative" ; de "when fear means go", "fear as pure energy".

Plus mordant, critique comme créatif :
. "on issues versus entry points" - c'est bien ce fin du politique que je cherche, dans le travail critique. La détermination de ces points relève à la fois de l'analyse (carte des lignes de failles, cartographie des invisibles sociaux et culturels) et de la création (inventer un angle, et un comment. A way in, and a way in donc).
. un savoir-faire, le sien et ceux qu'elle collecte dans ses rencontres et traversées, sur "ten arts of democracy". Une réflexion active sur le langage comme milieu-moyen du politique. Ici il y a une prise sur la formation discursive de la Communication. Media & communication studies. Et Rawls et le communicationnel, etc. Par exemple : "active listening, paraphrasing, reframing, and role playing". Par exemple les items du chapitre "Talking Democracy", qui me remettent en tête Susan George en conférence à P8, sur la captation des significations par le discours hyperdominant de la Far Right. Le travail de dépiautage, reclaiming : de "globalization" à "global corporate control", de "Conservatives" à "anti-democratic Right", de "free trade" à "corporation-favoring trade", de "regulations" à "standards".
Ces outils sont cultivés, diffusés : conversationcafe.org ; meetup.org ; Study Circles Resource Center devenu Everyday Democracy ; National Coalition for Dialogue and Deliberation.

. un diagramme de l'action, qui fait bifurquer un même "moment of dissonance / moment of opportunity" en "cycle of fear" et "cycle of hope" : "recognize fear as a call to courage (not a verdict of failure) ; find entry points (to act personally to shift causal patterns toward life), ease fear by attracting and embracing new 'tribes' ; experience joy in truer connection & greater efficacy ; glimpse possibility of more life-serving mental maps and follow curiosity." (112)
"Every time we act, even with fear, we make room for others to do the same. Courage is contagious." 127.

Le moralisme n'est pas absent, n'est pas non plus entièrement gênant. Une approche du terrain éthique, une écoute de ça, l'éthique du politique - qui fait sentir dans la démocratie le politique retiré au seul jeu du pouvoir.

F. Moore Lappé's Small Planet Institute website : http://www.smallplanet.org/
And the handbook : Doing Democracy, Ten Practical Arts.

vendredi 18 avril 2008

L'intime du politique - morale et agenda

La sensation de la morale - moralisme et moralisation -, est pénible, comme un mauvais goût humain, ou de vie, parce qu’elle – well : juge bien sûr, càd fige et formalise. Elle passe dans le corps et empoisonne. Or « ce n’est pas cela », à la Rimbaud. Tant qu’elle ne sait pas trouver le mouvement qui oriente l’affect vers ou par un théorique, un politique.
Les montées de phraséologie aussi distasteful que celles qui font les ornières du quotidien parental, insupportables, touchent vers : l'irritation devant l’irresponsabilité et les esquives du collectif, l’individualisation, l’ignorance des enjeux, la faiblesse de l’activité, les négligences et inefficacités. Et sont donc, en ce qui concerne le milieu professionnel universitaire : l’affect du scientifique. Du théorique, du politique. Moins à réprimer comme agressivité relationnelle, qui distrait des enjeux, qu’à écouter comme symptôme d’une question réelle, légitime – puisque c’est la vie ; il s’agit de la justice des hommes –, et à penser. A discuter, aussi, en l’apportant à la sphère publique. La croisant, la faisant cross-fertilize – pollen (Y Moulier Boutang).

La morale comme affect d’une éthique - et ses enkystements, puisqu'elle formalise, et arrêtent la pensée sur ces butées. Indignation, rancune, impatience, irritation, pression et énervement, fatigue, dépression par solitude ou non-reconnaissance etc. Jusqu’à ce qu’on arrive à la penser et à l’agir. Inventer un comment - agenda. Et retrouver un corps, vivant.

jeudi 17 avril 2008

L'institutionnel au virtuel - Il faut faire autre chose

Je continue à être pressée de cette question, et à ne produire de phrases que répétitives, j'attends un breakthrough. J'attends, par ex., que l'horizon d'ELB se dégage un peu d'une façon ou d'une autre. Something building up, comme la certitude d'un comment faire.

L'état de l'institutionnel universitaire et scientifique étant tel, noué de plus en plus serré et plus brouillé, il y a bien entendu d'abord à y participer, traverser avec tout le monde, apporter la part possible de clarification, de percée de perspectives. Y compris par le travail d'analyse, et même simplement d'information. Mais "parlons d'autre chose", Beckett : à fabriquer du hors territoire, fabriquer du territoire autrement, hors sol pour commencer. Qui pourrait répondre au "par projets".
Je repense à Cixous et le Département d'études littéraires anglaises de Paris 8, à la création de Paris 8 même, Centre universitaire expérimental - et à l'historicité des conditions. Aux virtualisations possibles maintenant, par télé-travail et mobilités. A JPA qui pose cette question chaque fois. Pendant que l'institutionnel se prend en masse, locked in conflict, percer des bouches d'air.

mardi 15 avril 2008

Quotidien politique

Il y a un réajustement politique dur à faire, quotidien, pour ceux qui ont grandi dans un monde de Glorieuses - et l'apprentissage des tensions politiques qui tendent effectivement la vie, machines sociales impressionnantes, "sourde pression des rapports économiques" (Marx, donc). L'expérience de la subjectivité est tout autre que celle théorisée, théorisable, dans les conditions "glorieuses", et leurs complaisances et repos. Il y a un apprentissage de l'ordre de la modernité, son arrachage et sa dynamique - une subjectivité à l'arrachée, quotidienne. L'Amérique reste pour moi un modèle théorique, historique : par Tocqueville et Henry Adams - en ce moment de ma lecture mon Henry rentre aux Etats-Unis post-Sécession, dans ce creuset où tout ordre politique et social a fondu, et où toute l'éducation, personnelle et nationale, est à refaire. Frontier de la modernité - localement, mais aussi mondialement.

Je pense à Gramsci et la pensée de la défaite politique, qui trouve comment continuer à cultiver, inventer, politiser, la critique. Théorisant l'action politique, repassant par Machiavel, pour une révision soigneuse de l'agency.
Aussi, à Marc Abélès (merci AB), à Certeau et la lignée des ethnologues du quotidien peut-être : agenda legenda ici. Anthropologie et marxisme (1976), Anthropologie de l'état (1990), La Vie quotidienne au Parlement européen (1992), Anthropologie du politique (Colin U, 1997), tiens, et L'Echec en politique (2005), Un ethnologue à l'Assemblée (2001), Les Nouveaux riches, un ethnologue dans la Silicon Valley (2002), - travaux aussi sur l'écologie, l'Europe, l'Afrique (Le Lieu du politique, 1983). Une lecture pourrait commencer par Anthropologie de la globalisation, 2008, Payot.

La prise pour moi est, toujours plus clairement, scientifique. Voir la notion de lutte théorique dans Que faire?, Lénine. Ces savoirs déployés, pratiqués, du terrain politique et des dynamiques culturelles. Qui sont conditionnés également par des coordonnées historiques, aux pertinences historiques donc. Prendre le mouvement de cette histoire, pour entrer dans l'histoire du présent.

vendredi 4 avril 2008

Devenirs transculturels de la " théorie "

La théorie revient, en France, depuis un côté où on ne l'attendait pas - par habituelle surdité à l'international dans le milieu intellectuel en France. La French theory a traversé des terrains institutionnels, des champs de force culturels-politiques tels, que partie chargée d'une histoire plus épaisse qu'elle ne pensait trop explicitement, elle revient chargée d'une multiplicité réjouissante. D'une charge de problèmes qui ont pris l'air, et l'histoire, et le contemporain, et l'horizon large et politiquement serré, tendu comme un arc, du géopolitique. Boule de neige de politique - réjouissante, riche, et tensive, dure.
Elle revient "anglo-saxonne" - mais passée par les néo-marxismes anglais, les culture wars américaines, l'historiographie postcoloniale indienne. Un parcours dans les milieux et trombes de l'anglais contemporain, où la figure de l'angliciste se retrouve, un peu ébaubie, placée au coeur de la scène. A lui d'apprendre à y parler.
Ce que fait un angliciste.

Weber, Bourdieu, Guillory

Il faut aller lire relire, vite, c'est un retard, Weber, Le savant et le politique, et L'esprit. Comme un bloc : une théorie du capitalisme, dans un temps du capitalisme, et une théorie de l'activité de savoir. C'est l'ensemble des plans pris ici ensemble qu'il faut regarder muter maintenant ; c'est la dynamique de cet ensemble chez Weber (et ses prolongements vers les Chicago Boys comme vers l'Ecole de Frankfort) qui est prometteuse de théorie.

Aller reprendre vite, c'est un retard, l'ensemble Bourdieu, et la sociologie de l'enseignement, du capital culturel, du pouvoir symbolique. Voir vers Guillory aussi. [ Se demander ce qu'est "culture" maintenant, dans les mains des puissants actuels. C'en est bien une. ça fait bouger les repères conceptuels, pour sûr. ]

lundi 24 mars 2008

Stratégique du savoir : how does your garden grow

Etonnant - la dislocation de l'institution universitaire pousse et permet un regard particulier, à vitesse de surface, stratégique (je regarde vers Gramsci - l'entreprise est de longue haleine - pour un savoir pratique, une pratique du savoir, au ras d'une intelligence du social), à contre-courant de l'unanimité au national, dont je ne savais pas qu'il poussait déjà - lui moteur souterrain et seul moteur du scientifique, sous ses réalisations institutionnelles et termes en échelle de pouvoir social.
Ce désir de recherche, le laisser pousser, le regarder trouver ses points d'incidence dans le paysage culturel (le dispositif actuel de savoir-pouvoir), qui ne seront pas des points de pouvoir, c'est certain - la situation a ça de clarificateur. Le sentir pousser entre les pavés, pousser les pavés - "sainte croissance" du chiendent. Deleuze toujours opératoire pour ces physiques du concept. Le rapport de pouvoir est tel : il faut le mesurer, et y travailler.
On trouvera une aise à faire de ça son quotidien, tant que la crise n'aura pas éjecté complètement le statut d'universitaire et pas seulement celui-là, en tenant en tête ou sur le bureau jusqu'à l'intime, insinuant, des rouages. Ceux sur lesquels l'ironie médiologique de Régis Debray en 1978 sait donner vue. (Avec, par, une position de parole très située, et de manière bancale, d'où le porte à faux d'un ego déstatué et le ton du ressentiment - car il ne s'agit pas de corruption, pas de morale. Dénier ça ne suffisant pas à l'annuler comme coordonnée des analyses.)

Avec l'ARESER, ce qui motive et mobilise : l'orientation, the training of it, du regard vers les conditions matérielles du savoir-pouvoir. On appellera "transdisciplinaire", mais c'est actif autrement, ce rapport entre sociologie, histoire, et pour moi poétique. Ce point ou pan aveugle est un caractère de l'histoire française. Ce que fait un angliciste, ici, informé (pas plus, mais c'est suffisant pour un travail d'angle) de la théorisation du matériel dans la culture en plusieurs décennies de cultural studies.

mercredi 5 mars 2008

Agenda # 5 - Communication & conflit des facultés

C'est encore loin, mais je savais d'avance que le prochain chantier sera celui de la Communication - à penser par le scénario logomachique qui ne fait que se profiler dans l'espace disciplinaire français alors qu'il joue depuis vingt ans dans l'anglo-saxon : culture vs littérature, media vs English, alliance inédite entre communication et culture. Prendre, toujours, depuis le redessin de frontières dans la carte des départements et "unités", marquages territoriaux et institutionnels (avec budget, postes, recrutements, carrières, effets sociaux concrets et vastes), à Paris 8. Infocom, devant les Lettres (les revoilà, avec leur air surranné, conservatoire : le master Littérature : Textes Langues Théories doit être rebaptisé à P8, sous la rubrique, imposée ministériellement, de Lettres) et les sciences humaines.

Le conflit des facultés a une histoire, qui prend son tournant contemporain - à savoir observer, et naviguer : critique et stratégie.

Questions à poser : quelles conceptions de la culture, et de la diversité culturelle (càd pour maintenant l'un des enjeux politiques urgents), dans les sciences de la communication ? Comment ça se situe, dans une perspective historique, par rapport aux sciences de la culture qui ont émergé d'abord comme anthropologie, ethnologie, puis littérature, après la philologie après la philosophie ?
Touche à la mondialisation, et la nécessité d'en penser bien toute la complexité ensemble.

Agenda #4 - Histoire française de la littérature anglaise

Il faudra bien que j'aille un jour regarder Taine, son Histoire de la littérature anglaise, sa date et son contexte, (paysage universitaire français ?, paysage des recherches françaises sur les littératures et les cultures, l'étranger - état des institutions de la pensée de la culture), ses traductions en anglais et leur carrière, etc.

jeudi 28 février 2008

Agenda # 3 - Europe société de la connaissance

Inscription à l'ARESER - je vois une possibilité concrète immédiate pour entrer dans un travail dans cet espace "de réflexivité critique" : faire le lien, et travailler le lien, avec le projet "Quelle Europe société de la connaissance". Et par la question de la discipline. Qui n'est pas une sociologie de l'université, ni une histoire institutionnelle exactement, quoi que. Une spécificité donc - voir si elle peut intéresser les collègues. Voir comment, en la proposant au dialogue, quelque chose s'en mûrira, s'en concentrera - ce que fait un angliciste - , pour ELB et moi.

La société de la connaissance, l'économie du savoir, le capitalisme cognitif, les disciplines et la scientificité. Le savoir-pouvoir. Ces points d'accroche, et de spécifications, par le dialogue.
Dans "La Loi LRU dans une perspective européenne", C. Charle repère bien "la croisée de plusieurs courants de pensée" dans les 15 dernières années : la théorie du capital humain (l'enseignement supérieur comme investissement) ; la théorie de l'économie du savoir (la LRU permettant de "renforcer l'exécutif universitaire au détriment des souhaits des enseignants-chercheurs qui prétendent maintenir leur autonomie intellectuelle par rapport à cette demande sociale externe. C'est tout l'enjeu des rapports de pouvoir contenus dans la LRU" (2) ; la vision française et européenne du "modèle américain" ; le "processus de Bologne" de 1999 (dimension intellectuelle sociale et technologique de la construction européenne, formation des citoyens du 21ème siècle, libre circulation des étudiants et enseignants, élévation du niveau de l'enseignement supérieur européen "pour lui donner ses chances au niveau mondial", résume C. Charle), transformé-déplacé ensuite, si vite, dans la "stratégie de Bologne", 2000.
Les rapports de force : "une lutte entre deux conceptions de l'université", mais aussi, plus pénétrant encore, par complexification (vivant tous dans la situation, il n'y a pas de gentils), pour la France et l'Italie : "leurs élites économiques et scientifiques sont fascinées par le modèle américain, mais leurs élites politiques et administratives sont divisées sur la gestion d'un héritage historique très lié à un rôle central de l'Etat dans l'éducation".

Question d'une approche, par la poétique, du complexe de savoir-pouvoir.
Voir aussi : Husserl, La Crise des sciences européennes, et reprendre par Les Mots et les choses une bonne fois.

dimanche 24 février 2008

Agenda #2 - anomie

Je crois que je sens, soudainement, comment je peux répondre à cette suggestion ambiante, de l'état catastrophique de l'université, consensus du côté de la Modernisation comme du côté des défenseurs. Comment je peux. Le mot m'est suggéré par la lecture de A. Renaut : anomie. Une perspective, dans le rapport au concept de Durkheim, outil fondamental de sociologie.
Je peux commencer à décrire en effet ce que je vois depuis cette fenêtre. D'expérience, d'observation, de terrain. Quotidien. A faire.
Y compris la difficulté de ne pas se tromper, c'est séduisant facile, sur le rapport entre les irritations interpersonnelles les déceptions et impatiences professionnelles [: je crois que je viens d'une non-histoire, un roman de socialisation, roman social], et le plan politique. Ils ont maille à partir.

vendredi 25 janvier 2008

Humboldt : l'université comme enseignement&recherche

Article d'Yves Gingras, "Idées d'universités. Enseignement, recherche et innovation" - informations pour quelques repères, historiques, utiles. Humboldt contre Condorcet puis Newman. Puis le modèle de l'institut de recherche, CNRS et la formule des instituts Max Planck.

Humboldt : tenir ensemble, et localiser ensemble (une communauté, un espace dialogique de co-création, "influence"), enseignement et recherche ; institution pratique des séminaires de recherche et du diplôme de doctorat. Gingras ne mentionne pas, c'est à ajouter, la liberté de choix dans les parcours dans la carte institutionnelle des savoirs; disciplines, enseignants, etc. Et la structure du département, contre la logique des facultés et des chaires.

Agenda : voir Kant sur le "Conflit des facultés" pour une antécédence, Weber sur l'état du savoir-pouvoir (la Beruf du savant) autour de 1917, et Humboldt, "Sur l'organisation interne et externe des établissements scientifiques supérieurs à Berlin". Essai réédité en français dans le volume Philosophies de l'université, édité par Ferry et Renaut (Payot 1979) : ça situe une lecture.

BB aussi : Christophe Charle, La République des universitaires (1870-1940), Seuil 1994 ;
Jean-François Picard, La République des savants. La recherche française et le CNRS, Flammarion 1990.
Bon, et Bourdieu's Homo academicus, Minuit, 1984, Méditations pascaliennes, Seuil 1997.